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Grain d'hiver de Laurence Biberfeld

Voilà cinq ans que Laurence Biberfeld n'avait écrit en littérature adulte, hormis des textes courts. Elle revient avec un récit cathédrale dans lequel elle commue sa rage militante en puissance romanesque. Magistral.

Le roman nous donne à suivre une famille sur quatre générations – liens de sang ou liens de cœur – et ses différents étages, les conflits et les amours, la violence et l'intime, ce dont on se protège, ce dont on hérite – héritage génétique, culturel ou social. La volonté peut-elle mettre ces plombs à distance ?

La clé de voûte de Grain d'hiver, c'est le personnage de Gafna, femme voûtée, usée par les ans, les peines, la mémoire de tous les exils dont elle est la dernière née, lorsqu'elle voit le jour au camp de Gurs, dans les Pyrénées atlantiques, ce camp dans lequel Hanna Arendt a été détenue en 1940. C'est elle pourtant, Gafna, qui va « tenir ». Tenir la main de son gendre, Loun, tombé dans le coma après avoir été battu à mort ; soutenir sa fille, Edoyo, incarcérée à tort dans une prison pour femmes ; et prendre en charge, littéralement, le petit bébé du couple, Greg, un enfant alerte mais énigmatique – il ne parle pas. Elle tient aussi debout deux jeunes femmes qui, pour des raisons distinctes, se réfugient auprès d'elle, l'une qui fuit la violence de son époux, l'autre qui fuit les violences policières. Enfin, elle tient à distance les deux brutes qui veulent faire la peau aux unes et aux autres.

Gafna charrie la mémoire de tous les apatrides et les déportés du XXe siècle. Et c'est elle qui donne refuge aux jeunes et aux plus jeunes, abritant en son giron une famille de fortune, vieille lionne galvanisant une équipe de femmes lorsqu'il faut partir au combat, ou louve blessée jetant ses forces dans la bataille, jusqu'aux dernières, avec la complicité d'une autre vieille, battante magnifique : la terre, qui va déchaîner sa colère.

Grain d'hiver recèle tous les motifs centraux des romans de Laurence Biberfeld : les violences conjugales – d'un homme sur sa femme, et inversement ! – ou au sein des familles, les exils, la condition pénitentiaire, la violence administrative, la fureur et les accès de colère, la nature ravagée. Mais l'écriture de l'autrice trouve ici sa pleine maturité, comme si elle avait apaisé sa propre colère pour la muer en force, sans opacifier sa pensée. De son point de vue sur le monde, elle transforme le tranchant politique, qui pouvait heurter, en une puissance romanesque qui emporte totalement le lecteur. Elle laisse épanouir un lyrisme consolateur, dévoilant une nature qui intervient comme l'un des personnages principaux du livre, engageant des twists narratifs, révélant des personnages, amplifiant l'action. Qui d'autre que Laurence Biberfeld pour ouvrir le roman par une baignade dans un champ d'avoine ?

Féministe, lyrique, libérateur, humaniste, critique, tonique et tenace... un roman à la fois noir et resplendissant, comme le visage de la vieille Gafna.

Sortie le 18 août.

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