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Le grand Jacques - Prix Jean Arp 2015 !

j-aC'est un écrivain aussi exigeant que généreux, aussi fertile que pudique. Quand on le rencontre de chair et d'os, son élégance correspond tout à fait à l'impeccable langue française qu'il déploie depuis plusieurs dizaines d'années dans sa fresque romanesque ou ses nouvelles érotiques, et son humilité entretient le mystère qui l'entoure.

Regard vif et perçant, mots choisis, politesse exquise mais sincère – Jacques sait pousser des coups de gueule quand on lui tourne le sang.

Il est l'auteur, sous le nom de Léo Barthe, de textes érotiques, et sous son propre nom, du livre Les Jardins statuaires, réédité chez Attila il y a quelques années au terme d'un parcours « maudit » qui avait scandaleusement promis le silence à ce grand roman, et que l'ultime réédition a finalement, et justement, compensé, agrégeant autour d'Abeille un collège de lecteurs charmés, soufflés, admiratifs. Suscitant, même, au sein des lecteurs francophones, des libraires et des critiques, une sorte d'Abeillomania inattendue – inespérée. Il faut dire que de développer des textes qui ne cèdent rien à la mode ou à la vulgarité, l'auteur laisse au lecteur le sentiment – rare, précieux – de ne s'adresser qu'à lui, la voix de l'auteur traversant furieusement la distance qui sépare la solitude de l'écrivain du silence qui entoure l'aventurier engagé dans une lecture.

Voilà ce mois-ci un rêve d'éditeur. Jacques Abeille nous a confié sept nouvelles, dans lesquelles il décline, en creux, son art d'écrire. Des textes oniriques et fantastiques, tantôt souriants, tantôt sombres, mais doux, toujours – le résultat surprenant du style inégalable que Jacques Abeille file, d'un texte l'autre, avec une aisance, un naturel déconcertant. Il y est question, par exemple, d'un insomniaque qui devient « navigateur en chambre », et s'embarque, à chaque lecture, pour des îles oubliées. Il y rencontre des personnages étonnants, des militaires, des aventuriers, et un enfant facétieux qui tentera de le retenir dans l'imaginaire. D'un écrivain qui aurait plagié Gustav Meyrink de façon aussi involontaire que manifeste et éhontée. Ou d'un autre que viennent rencontrer des visiteurs étrangers au système solaire pour le sommer de boucler son œuvre fissa. On l'aura compris, Jacques Abeille ne refuse aucune limite à l'imagination, comme si la seule contrainte tenait à la beauté des images, des figures qu'il orchestre, marie, fait surgir de la gangue du langage. En couverture de ce livre, « Fins de carrière », qui éclaire l'ensemble des textes de l'écrivain, nous avons choisi une fabuleuse image de Stefan Prohaczka – nous l'en remercions ici une fois encore – un collage surréaliste qui situe le lecteur sur une terre nue et solaire, propre à accueillir toutes les rêveries humaines, des plus simples aux plus baroques... Une mer perdue ou un jardin statuaire où nous propulse le grand Jacques... Fins de carrière sera en librairie le 5 mars, dans des proportions qui accordent sa rareté à son importance. C'est le privilège des grands livres. Une confidence, presque. Pour rêver, ne tardez pas.

Info dernière minute (12 mars 2015) : Jacques Abeille reçoit le Prix Jean Arp 2015 pour l'ensemble de son oeuvre. Décerné conjointement au Prix européen de littérature, le Prix Jean Arp " distingue, pour l’ensemble de son œuvre, un écrivain francophone de premier plan, dont le travail est particulièrement remarquable par l’originalité et la qualité de son écriture, quel qu’en soit le genre, comme par la vigueur et l’amplitude de sa vision."
Le jury a souhaité décerner ce prix à Jacques Abeille, "dont l'écriture empreinte d'une élégance tout classique se conjugue avec une imagination ouverte aux diverses formes de l'étrange et du fantastique pour susciter une profonde réflexion sur l'homme et la société". Le Prix Jean Arp est préalablement venu couronner les oeuvres des écrivains Henri Meschonnic et Valère Novarina.
Ce prix intervient alors que 3 textes de Jacques Abeille paraissent en ce printemps : Petites proses plus ou moins brisées (éditions Arfuyen), Le veilleur du jour (éd. Le Tripode), et Fins de carrière (ici même).
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