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Migrants : la consolation de Philippe Georget

À travers un polar-fresque, Philippe Georget évoque la tragédie des migrants de Méditerranée tout en esquissant des perpectives lumineuses. Un véritable tour de force.

 

L'île se nomme Ostiolum. Alors que s'annonce l'été, vous débarquez sur ce confetti paradisiaque pour un séjour de 500 pages, comme les touristes du continent qui viennent y chercher luxe, calme et volupté. Le hic, c'est que depuis quelques temps, de sombres moissons s'invitent aussi sur ses plages. Ironie du sort, elles s'intensifient précisément à la belle saison, fausse promesse d'une mer plus avenante. Ce sont celles des réfugiés, partis de la rive sud, qui ne sont pas parvenus au terme de la traversée.

Des réfugiés, il y en a un, cent, mille, dix mille. C'est, toujours, mille fois un. Voilà ce que Philippe Georget nous rappelle, dans ce roman émouvant, et qui, aussi noir soit-il, donne de l'espoir. Car derrière les chiffres, qui viendraient déshumaniser les faits, qui les rendraient presque comestibles une fois affichés dans les colonnes de nos journaux, l'écrivain rappelle que, chaque fois, c'est une vie complète qui est sapée, l'histoire d'un être qui n'en aura pas d'autre. Et l'auteur de nous redonner toute cette épaisseur de vie, de temps, de singularité, à travers le destin de chacun de ses personnages.

Ce jour-là, un énième raffiot craquant plonge corps et biens avec sa cargaison de malheureux. Parmi eux, un couple étrangement enchaîné au bastingage.

L'enquête – car il s'agit bien d'un polar – est menée par un journaliste local (tiens, tiens...), Louka Santoro. Il part rencontrer ceux des réfugiés qui, plus chanceux, ont pu être secourus. Le type est chaleureux, un peu looser, ni partisan ni affilié à quelque cause que ce soit. Peinard, sur son île, cette micro-société étant pour lui une famille. Il n'est pas un héros. Il nous ressemble, au fond.

Philippe Georget ne nous épargne rien. Journaliste de profession, bourlingueur ayant roulé sa bosse des mois durant au Proche-Orient, en Afrique du nord, comme sur la rive nord de cette mare nostrum où il s'est établi, il sait ce que documenter veut dire, et il explore les différentes facettes du phénomène. Les naufragés sont animés de raisons diverses – fuyant guerres civiles, difficultés économiques, changements climatiques, exactions sexuelles, extrémismes religieux, vendettas familiales... Vous vous attacherez aux personnages de Fatou, la jeune Malienne, de Seyoum le petit Érythréen qui ne grandira plus, de Saïda, de Marwan, d'Abdel, dont Philippe Georget évoque les itinéraires, les épreuves traversées, les rêves. De l'autre côté, les réactions sont aussi variables – des îliens humanistes tendent la main aux nouveaux venus, tandis que des mafieux en profitent, d'autres encore protègent d'une menace supposée, et se replient. Et même une fois les bonnes volontés acquises, l'accueil se heurte aux difficultés logistiques – celles de l'intendance, du respect des procédures administratives. Rien n'est simple.

Amère méditerranée est donc un roman intelligent, qui aborde la question des migrants et de la solidarité dans toute sa complexité. Sans juger, ni simplifier. Qu'en dépit d'un sujet tragique, on aime à retrouver, le soir, tant les personnages sont vivants, attendrissants, pétris de faiblesses comme de qualités. C'est cela, la consolation : souffrir avec, l'empathie dans le chagrin. Une douceur qui prend acte de l'horreur, et qui, vous verrez, ouvre étonnamment à l'espoir.

Retrouvez Philippe Georget au festival Méditerranée à Port Bacarès (66) samedi 9 et dimanche 10 juin.

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